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L’héritage de Biya : du pire geôlier au plus grand tueur de journalistes

En 41 ans, le régime du président Paul Biya au Cameroun a connu une évolution inquiétante dans son approche de la liberté de la presse.

Initialement prometteuse de réformes radicales, notamment la démocratisation et la libéralisation d’une dictature autrefois à parti unique, la libéralisation de la presse s’est finalement concrétisée au début des années 1990, avec la promulgation de lois sur la liberté. Si cette décision a conduit à une prolifération des médias et des praticiens à travers le pays, elle a également fait apparaître un côté plus sombre de la liberté de la presse au Cameroun.

La liberté de la presse dans le pays a connu un déclin constant au cours des quatre décennies du mandat du président Biya. Les problèmes qui pèsent sur la liberté de la presse vont des litiges à l’emprisonnement et même maintenant au meurtre de journalistes.

ANYE NDE NSOH2, Cameroun Actuel
Le jeune journaliste sportif Anye Nde Nsoh a été pris pour cible et tué en mai de cette année à Bamenda
Ce changement de paysage a attiré l’attention et les critiques des défenseurs de la liberté de la presse du monde entier.

Le pire prisonnier de journalistes sous le régime de Biya

Depuis 2014, le Cameroun figure régulièrement sur la liste des pires geôliers de journalistes au monde, selon les rapports du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Le rapport annuel 2022 du CPJ place le Cameroun au troisième rang des pays où l’on emprisonne le plus de journalistes en Afrique, derrière l’Érythrée et l’Égypte.

Selon le CPJ, fin 2022, cinq journalistes étaient incarcérés au Cameroun. Il s’agissait notamment d’Ahmadou Vamulke, ancien directeur général de la Radio Télévision camerounaise (CRTV) ; Mancho Bibixy de la radio Abakwa FM ; Kingsley Njoka (journaliste indépendant) ; Thomas Awah Junior (journaliste indépendant) ; et Tsi Conrad (journaliste indépendant).

Le CPJ a noté que ces journalistes étaient arbitrairement détenus au sein d’un système judiciaire opaque, qui utilisait parfois des tribunaux militaires pour poursuivre des journalistes civils, en violation du droit international.

Cinq journalistes tués sous le régime de Biya

Tragiquement, au moins cinq journalistes auraient perdu la vie sous le régime du président Paul Biya. Ils sont morts soit pendant leur détention par le gouvernement, soit à cause de la négligence du gouvernement dans la résolution des problèmes affectant l’État.

1. Bibi Ngota

Rédacteur en chef du journal Cameroun Express, Bibi Ngota est décédé en avril 2010 alors qu’il était en détention par le gouvernement, devenant ainsi le premier journaliste à mourir dans de telles circonstances.

La Fédération des journalistes africains a attribué sa mort au manque de soins médicaux adéquats pendant sa détention à la prison à sécurité maximale de Kondengui.

2. Samuel Wazizi

Arrêté en août 2019, le journaliste Samuel Wazizi, journaliste local à Buea, faisait face à de fausses accusations liées au terrorisme. Tragiquement, il est mort en détention et sa famille, ses amis et ses collègues n’ont jamais vu son cadavre. Les appels lancés au gouvernement pour qu’il fournisse des réponses sur la mort de Wazizi sont restés sans réponse.

3. Martinez Zogo

La mort de Martinez Zogo, défunt rédacteur en chef d’Amplitude FM, en janvier de cette année, a été un événement tragique qui a ébranlé le paysage médiatique camerounais.

Martinez Zogo, Cameroun Actuel
Martinez Zogo a été sauvagement assassiné à Yaoundé en janvier. Son corps a été découvert cinq jours après son enlèvement Il a été pris pour cible et tué par des agents de l’État avec la participation d’un éminent homme d’affaires. Bien que des agents de sécurité de premier plan et le commanditaire présumé aient été arrêtés en lien avec sa mort, cette affaire a retenu peu d’attention depuis leur détention.

4. Becky Jemé

Une journaliste, Becky Jeme, est décédée dans l’exercice de ses fonctions. L’ancien délégué divisionnaire de la communication de la division Momo dans la région agitée du Nord-Ouest a été tué lors d’une attaque séparatiste contre un convoi administratif à Njikwa en 2021.

5. Anye Ndé Nsoh

Le journaliste basé à Bamenda a été pris pour cible et tué par des combattants séparatistes armés d’Ambazonia à Bamenda le 7 mai 2023. Les appels à une enquête indépendante pour traduire les auteurs en justice sont restés lettre morte.

En plus de ces morts tragiques, de nombreux autres journalistes ont été arrêtés arbitrairement et menacés pour leurs reportages, souvent en lien avec la crise anglophone en cours.

Des journalistes tels que Mimi Mefo Takambou, Wawa Jackson, Atia Tilarius et Nfor Hansen Nchanji ont tous subi les effets dissuasifs des reportages sur des questions critiques au Cameroun sous le régime du président Biya.

La détérioration de la situation de la liberté de la presse au Cameroun suscite de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité et à la liberté des journalistes dans le pays, soulignant la nécessité d’une attention et d’une intervention internationales urgentes.

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