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Le travail décent : un leurre dans la société camerounaise contemporaine

Ce lundi, 1er mai 2023 est journée internationale du travail. Le thème retenu à cet effet est: « Résilience et travail décent : agir ensemble au sein du monde du travail pour améliorer les conditions de vie et l’inclusion ». A l’occasion de cette célébration, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss) a adressé un message à la communauté des travailleurs.

Pour Grégoire Owona, la thématique de la 137ème édition de la Jit offre l’opportunité de « réaffirmer l’engagement commun à poursuivre, sans relâche, les efforts en vue de l’épanouissement intégral des travailleurs et de leurs familles et ce en dépit d’un contexte professionnel encore marqué par les effets des différentes crises ».

Il s’agit, ajoute-t-il, « de reconnaître le mérite des femmes et hommes de labeur, qui constituent la force de production du Cameroun, de les encourager à ne pas céder face aux situations difficiles et de prendre l’engagement de poursuivre la marche vertueuse sur la voie du travail décent et de la justice sociale ». Soit!

Le message du patron du département du Travail et de la sécurité sociale intervient dans un contexte où bien de travailleurs sont, paupérisés, misérabilisés et meurtris en raison d’exécrables, que dis-je de déshumanisantes et dégradantes conditions de vie et de travail dans lesquelles ils croupissent au quotidien:

1. Absence de cadre de travail sain et idoine enclin à l’éclosion des travailleurs
2. Intégration socioprofessionnelle sans contrat de travail toute chose basculant, parfois, à des cas de violation flagrante des droits humains, ainsi qu’à des risques et périls encourus tels des compressions abusives de personnels sans dédomagement.
3. Arriérés de salaire
4. Salaires dérisoires
5. Sous-emploi(65% de travailleurs sont en situation de sous-emploi selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique (Ins)
6. Exploitation de l’homme par l’homme
7. Harcèlement moral et sexuel
8. Chantage des employeurs
9. Absence de sécurité sociale
10. Manque d’assurance maladie
11. Absence d’affiliation à la Cnps(Caisse nationale de prévoyance sociale)
12. Exposition à une précarisation existentielle exubérante
13. Problèmes de santé mentale des employeurs et employés, dont les langages sont, régulièrement, discourtois, offusquants et violents. D’où le basculement dans la conflictualisation des rapports entre ces deux maillons de la chaîne de la division du travail
14. Non-respect des principes de la Convention collective dans la quasi-totalité des milieux socioprofessionnels

Ce sont, entre autres, des contingences, des vicissitudes qui aiguillonnent le champ de la division du travail salarié. A cause de cet état de choses, le « travail décent », espèce de rengaine clamée, fredonnée et scandée dans le discours politique du ministre du Travail et de la Sécurité sociale, est loin d’être une réalité dans les entreprises, administrations et industries tant il s’agit d’une chimère, d’un leurre, mieux d’une gageure.

La nomenclature des impondérables vécues au quotidien est loin d’être exhaustive, mais chacun(e) sait quelle est, réellement, sa situation existentielle dans chaque secteur d’activité donné et doit y réfléchir de manière perpétuelle afin de travailler à la mutation décisive, active et effective de ses conditions de vie et de travail.

C’est bien beau d’évoquer les termes savants du genre « travail décent », « Résilience », « inclusion », mais s’il n’y a pas un ancrage desdites notions dans la réalité structurelle, fonctionnelle, organisationnelle et conjoncturelle des travailleurs, cela dénote, tout simplement, de l’existence du fossé entre les discours et les faits, entre la théorie et la pratique.

A titre illustratif, depuis quelques années, évocation est faite du travail décent dans les journées internationales de travail folkloriques sans enracinement de cette terminologie dans le vécu ambiant des ouvriers de chaque division du travail. C’est la preuve manifeste que les pouvoirs publics ont abandonné les travailleurs à leur triste sort.

Comment la société camerounaise contemporaine peut-elle être inclusive au regard de la fragmentation sociale ? La division entre différentes classes sociales, la ségrégation dont sont victimes certaines catégories sociales vulnérables, la marginalisation de certaines couches sociales, en l’occurrence des minorités sociales (personnes handicapées) dans les secteurs d’activités ne sont-elles pas des vecteurs de stratification et de vulnérabilité sociales?

Les problèmes sempiternels des travailleurs se posent avec acuité dans un contexte où les employés ne savent pas quel est le bien-fondé de la syndicalisation, dans un contexte où les syndicalistes censés défendre les droits et intérêts des travailleurs font, pour certains, le jeu du gouvernement camerounais.

En effet, lors de l’organisation des mouvements réguliers de débrayage dans des secteurs d’emploi contraignant ces milieux socioprofessionnels à une crise, les syndicalistes, lors des concertations Etat-partenaires sociaux, sont, très souvent, instrumentalisés et happés à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes pour casser les mouvements de grève.

Il s’agit là des syndicalistes-laquais toujours englués dans de basses manœuvres pour obérer toute action s’inscrivant en droite ligne du changement social. Le gouvernement camerounais opte, pour ainsi dire, pour la logique de la division pour mieux régner et travaille à fragiliser le mouvement syndical.

Le dernier et récent cas expérimental objectivé par tous est le mouvement Ots (On a trop supporté)-Ota (On a trop attendu) a permis à plus de voir comment certains acteurs-pseudo syndicalistes- ont aidé à tuer l’action salutaire de revendications enclenchée par ces corporations d’enseignants qui ont mis l’État dos au mur durant des mois.

Impérativement, il faut, en termes de propositions, réviser le code du travail et que le gouvernement camerounais prenne ses responsabilités, en respectant ses engagements ! Aux patrons d’entreprises, nous conseillons de souscrire, au moins, au respect des 75% des modalités sérieuse et rigoureuse chères à la division du travail connues de tous en référence aux contraintes du code de travail, instrument capital qui doit être, somme toute, revu pour aboutir la matérialisation des principes dans les faits.

Aux travailleurs, nous disons: Œuvrez, sans relâche, pour améliorer vos conditions de vie et de travail au quotidien ! Chaque seconde, comme qui dirait, est une vie.

Serge Aimé Bikoi

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