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Le scandale des essais du préservatif invisible au Cameroun

Le scandale des essaies du ‘’préservatif invisible’’ au Cameroun en 2006. 

Après les essais ratés du Tenofovir qui ont nourri l’actualité et scandalisé l’opinion publique entre 2003 et 2005, personne ne pouvait imaginer qu’en même temps et derrière les rideaux, un autre essai était en cours et tenu secret.

Considéré de terrain mou par les laboratoires de recherche à cette époque, parce que n’ayant pas une loi spécifique dans le domaine des recherches essais cliniques et des tests sur les humains, le Cameroun brillait pendant ces années par sa facilité à livrer sa population comme cobayes pour des essais  et tests de vaccins ou autres résultats  de recherche liés au Vih/Sida, et ceci sans véritable protocole de suivi viable et respecté par les parties.

Justement en 2005 pendant que l’opinion publique nationale et internationale était scandalisée par les révélations faites par France2, une chaine de télévision française dévoilant les essais ratés  d’un vaccin dénommé Ténofovir, sensé immunisé l’individu contre le Vih/Sida.

De l’autre côté, et derrière les voiles, les autorités sanitaires camerounaises de l’époque menaient un autre essai sur un préservatif féminin dit invisible. De quoi était-il question ? A quoi pouvait-il  ressembler ? Qui était derrière ce projet ? Voilà quelques questions que nous allons  répondre pour tenter de comprendre cette histoire.

Le projet du préservatif féminin dit invisible était l’initiative du Centre d’infectiologie de l’Université de Laval au Québec, Canada. Ce centre de recherche a mis le concept au point et l’a mené sur le terrain. Selon les chercheurs, le préservatif  féminin dit invisible a été conçu pour protéger la femme et son partenaire contre le VIH/Sida et autres IST.

Le ‘’Préservatif  invisible’’ se présente sous forme de gel liquide incolore, inodore qui se solidifie à la température du corps pour former une pellicule souple et imperméable. Il contient du Lauryl sulfate de sodium, un microbicide qu’on retrouve dans pâtes dentifrices, les  savons et autres produits d’hygiène. Donc pour dire facile, c’était du gel clair que la femme devait enduire et étaler dans sa partie génitale avant chaque rapport sexuel.

Pour faire les essais de cette trouvaille sur les humains, le laboratoire canadien a côtoyé sans suite favorable plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique avant d’arriver au Cameroun où la porte lui a été grandement ouverte.

Après les commodités d’accueil et soit disant protocoles administratifs avec la commission d’éthique de cette époque, qui a d’ailleurs autorisé officiellement les essais, le laboratoire canadien s’est tout de suite mis à l’œuvre en sélectionnant 452 jeunes filles en très bonne santé sans infections quelconque qui devraient avoir des relations sexuelles avec pour seul moyen de protection le préservatif dit invisible. Tout ceci contre une modique somme d’argent.

Malheureusement, après la période arrêtée pour des évaluations, il a été constaté que le fameux produit à l’assai n’avait pas assuré à cent pour cent les résultats attendus. Selon le rapport d’évaluation, seulement 294 filles ont réagi positivement à ce préservatif contre 158. Ce qui veut dire que sur 452 jeunes filles pris comme cobayes au début de ce projet, le préservatif dit invisible n’a pas pu protéger 158 jeunes femmes.

Les 158 jeunes femmes qui allaient se retrouver dans la nature distribuant à tout va, volontairement ou pas, les Ist ou le Vih à leurs potentiels partenaires sexuels. Dieu seul sait les  conséquences qui ont suivi et que tout le monde pouvait bien imaginer. Quoique les autorités sanitaires de l’époque aient rassuré mordicus que ces jeunes femmes ont été immédiatement prises en charge et mis sous traitement.

Etonnant que cela puisse être, le laboratoire canadien responsables de ces essais, une fois le scandale éclaté a sagement rangé ses valises et foutre le camp sous le menton des responsables sanitaires de l’époque, sans avoir donné officiellement une explication aux camerounais.

Que sont-elles devenues, les jeunes filles infectées et déjà malades? Ont-elles été réellement  prises en charge ? Que sont devenus les contaminés collatéraux de l’opération ? À combien ont-ils été estimés ? Difficile de répondre à ces questions aujourd’hui.

Par contre, ce qui a été évident était plutôt le silence criard, et peut-être coupable du Ministre de la Santé Publique de l’époque et du gouvernement en général. Ils sont étonnamment restés silencieux pendant et après ces essais. Ce qui a le plus choqué l’opinion publique, était l’engouement des laboratoires et Centres de recherches internationaux spécialisés sur les IST et le Vih/Sida pour  le Cameroun. Notre pays était devenu le meilleur terrain d’étude sur le VIH et les IST réunis, parce qu’on pouvait retrouver  dans un même espace toutes les formes et mutations connus de cette maladie. Quelle triste réputation !

Disons le, heureusement ou malheureusement, le Premier Ministre et le Ministre de la Santé Publique de l’époque aujourd’hui emprisonnés peut être pas pour ces raisons, seraient forcement au courant de ce projet et l’auraient directement ou indirectement accompagné. De cette macabre histoire, il y’a une chose qu’il faudrait se réjouir aujourd’hui.

Peut être à cause de ces scandales à répétions, l’Etat du Cameroun à travers le Ministère de la Santé Publique vient de promulguer(le 27 Avril 2022) une loi pour encadrer les essais cliniques et sanctionner les écarts de certains chercheurs.

Cette loi s’applique sur la recherche sur les maladies humaines la structure et le fonctionnement du corps humain, pratiquée sur les personnes vivantes et décédées, des embryons et des fœtus, du matériel biologiques ainsi que des données personnelles liées à la santé. Mieux vaut tard que jamais !

Jean Marie Meyo

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