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En Afrique, les dérives sectaires continuent de tuer

Au Kenya, près d’une centaine de corps ont été découverts, tous liés à un mouvement évangélique sectaire. L’émergence des sectes est un phénomène qui touche de nombreux pays d’Afrique.

Au Kenya, les citoyens suivent avec effroi la découverte de nombreux corps. On compterait déjà près de 90 morts, et les recherches dans la forêt de Shakahola sont loin d’être terminées. À l’origine de ce drame, un pasteur, Makenzie Nthenge, qui s’est rendu à la police il y a une dizaine de jours, et son mouvement évangéliste, la Good News International Church — L’Église internationale de Bonne Nouvelle. Selon les enquêteurs, les victimes se sont laissé mourir de faim pour « rencontrer Jésus ».

Un événement qui fait penser à des faits similaires qui ont eu lieu ces dernières années dans le monde. Bien sûr, le massacre de Jonestown à Guyana en 1978 ou encore l’attentat au gaz sarin de la secte Aum Shinrikyo dans le métro de Tokyo en 1995 restent dans les mémoires. Mais l’Afrique est, globalement, elle aussi touchée par les dérives sectaires.

En Afrique subsaharienne, on a vu notamment apparaître des leaders spirituels, là où les mouvements religieux étaient pourtant déjà bien nombreux. Ces leaders « veulent immédiatement mettre du sens, de l’humain et apporter aux adeptes malheureux un certain équilibre et la joie de vivre que les religions établies semblent ne pas leur offrir », écrivait Raoul Germain Blé, enseignant-checheur à l’université d’Abidjan en 2013, dans un dossier consacré à la prolifération des sectes en Côte d’Ivoire.

Des pasteurs autoproclamés

Une prolifération qui doit beaucoup à des hommes qui s’improvisent chefs sprituels. « La prolifération des sectes est telle que les titres de révérend ou de pasteur sont galvaudés. Des Ivoiriens, des Béninois, des Libériens, des Nigérians se font appeler ‘pasteur’ ou ‘révérend’ simplement parce qu’ils ont transformé leur demeure ou leur arrière-cour en temples éphémères ou durables, résumait le journaliste Francis Kpatindé. Les sectes foisonnent : les unes sont ‘africaines’, les autres sont ‘importées’ ».

Au Bénin, justement, il y a six ans, une autre secte avait fait des ravages. C’était en janvier 2017, à Abomey. Cette fois, à la tête de celle-ci, on retrouvait une femme qui s’était baptisée « Parfaite ». Plusieurs membres de cette secte avaient été asphyxiés au monoxyde de carbone après des rituels de purification. La cheffe spirituelle assurait que la fin du monde aurait lieu en 2017. Mais le dernier drame de masse date de 2000. En Ouganda, plus de 700 adeptes de l’Église pour la restauration des Dix Commandements avait été retrouvés morts, brûlés vifs. Là encore, les dirigeants de la secte assuraient que la fin du monde approchait.

Mais pourquoi ces sectes ont-elles pignon sur rue ? « La plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à une prolifération des nouvelles communautés religieuses. Ces groupes aux pratiques souvent sectaires profitent de l’absence de réglementations dans certains pays », assure Raphaël Zbinden, journaliste, pour le portail catholique suisse.

L’inquiétude de l’Église protestante

Ainsi, en Côte d’Ivoire, plusieurs sectes tentent de s’enregistrer au ministère de l’Intérieur. Si la lenteur administrative les en empêche, l’État a bien du mal à interdire les mouvements sectaires. Au Togo, il est également difficile pour une secte d’être reconnue, mais cela n’empêche pas les leaders spirituels autoproclamés de faire leurs prêches en toute impunité.

Certains pays tentent cependant d’éradiquer ce phénomène. Comme l’Afrique du Sud. À l’été 2015, l’autoproclamé pasteur Penuel Mnguni avait vu ses pratiques être révélées au grand jour. Le jeune gourou sautait sur ses fidèles et leur faisait ingurgiter toutes sortes de « mets » étonnants : essence, herbe et rats, entres autres. Une enquête a été ouverte sur cette secte et sur les autres Églises. Mais les Constitutions posent généralement des problèmes, les textes assurant aux citoyens une totale liberté de culte et de croyance.

Si plusieurs gouvernements tentent de limiter les abus, à défaut d’interdire les Églises les plus obscures, il revient aux Églises reconnues, notamment protestante, de prévenir des dangers. Cela demande, de leur part, un véritable travail de sensibilisation sur le terrain.

Le Journal de l’Afrique

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