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Conférence mondiale de l’ITIE à Dakar : Glencore, le sponsor de la honte

Glencore PLC, entreprise anglo-suisse de négoce au coeur d'un scandale de corruption en Afrique

Le Sénégal a accueilli, du 13 au 14 juin passé, la conférence mondiale de l’Initiative internationale pour la transparence dans les industries extractives (Itie). Une première africaine entachée par un sponsor : Glencore. Le géant suisse, dont le nom rime avec corruption et scandales financiers, symbolise tout ce que combat l’Itie. Lire l’article du journal sénégalais Libération.

Comme AngloAmerican, ArcelorMittal, bp, Equinor, Kosmos, ExxonMobil ou Bhp, Glencore figure parmi les sponsors de Pitié qui a tenu sa conférence mondiale du 13 au 14 juin 2023 au Cicad de Diamniadio. Le pdg de Glencore, Ivan Glasen- berg s’est même permis ce commentaire :

« Nous sommes fiers de soutenir l’initiative Itie, qui partage notre engagement à promouvoir la transparence et la divulgation. La norme et le cadre de l’Itie établissent et maintiennent la confiance et la bonne gouvernance et renforcent la capacité de la société civile à demander des comptes à leurs gouvernements et au secteur extractif. Notre soutien à l’Itie reflète notre ambition d’être des acteurs sociétaux actifs et appréciés par les communautés qui nous accueillent ».

Le coordonnateur du Forum civil a raison de dénoncer cette «intrusion » de Glencore qui sonne comme une insulte. Pour faire simple : Glencore symbolise tout ce que combat l’Itie. La société, basée en Suisse avec plusieurs filiales, ainsi que ses nombreuses «affaires » sont au cœur de plusieurs enquêtes de Public Eye, une Ong suisse, mais aussi du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij).

Un nom qui rime avec scandale

Comme le révélait Public eye, «pendant de nombreuses années, les cadres supérieurs de Glencore ont affirmé que leur entreprise n’avait rien fait de mal, et encore moins d’illégal. Ivan Glasenberg, patron et actionnaire de longue date de la société, avait rejete fermement toute critique à l’encontre de Glencore. Les autorités judiciaires des pays concernés ont toutefois prouvé que ces propos étaient mensongers ».

Le procureur de l’Etat de New York, Damian Williams qui a fait condamner Glencore en novembre 2022, l’avait formulé ainsi : « L’ampleur de ce système de corruption criminelle est stupéfiante. Glencore a versé des pots-de-vin pour obtenir des contrats pétroliers. Glencore a aussi versé des pots-de-vin pour éviter les audits gouvernementaux. Glencore a soudoyé des juges pour faire disparaître des procédures judiciaires. En fait, Glencore a versé des pots-de-vin pour gagner de l’argent-des centaines de millions de dollars. Et il l’a fait avec l’approbation et même les encouragements de la direction ».

« L’ampleur de ce système de corruption criminelle est stupéfiante, Glencore a versé des pots-de-vin pour obtenir des contrats pétroliers » Selon le Département américain de la justice (Department of Justice, abrégé DoJ), Glencore a versé plus de 100 millions de dollars à plusieurs Intermédiaires entre 2007 et 2018, tout en sachant qu’une grande partie de ces fonds était utilisée pour la corruption d’agents publics étrangers. Les documents judiciaires indiquent que des agents

publics ont été soudoyés au Nigeria, au Cameroun, en Côte d’ivoire, en Guinée équatoriale, au Brésil, au Venezuela et en République démocratique du Congo. Une procédure concernait aussi le Sud-Soudan. Au total, les pratiques corruptives de Glencore se sont étendues sur dix ans et huit pays.

Le système était très lucratif : « A lui seul, le versement de pots-de- vin d’un montant de 52 millions de dollars au Nigeria entre 2007 et 2018 aurait rapporté 124 millions de dollars de bénéfices au groupe suisse de matières premières. Au Cameroun, le rendement aurait été encore plus élevé. Pas étonnant que les pots- de-vin aient encore été comptabilisés sous « dépenses utiles » dans les années 1990.

Le parquet étatsunien a pu s’appuyer sur les aveux de l’ancien responsable de Glencore pour les activités pétrolières en Afrique de l’Ouest. Ce dernier a reconnu avoir soudoyé des agents publics étrangers. En échange de ses informations, il a bénéficié d’une réduction de peine, et les procureurs ont pu en faire leur témoin principal ».

L’agence étatsunienne de régulation des marchés des matières premières et le DoJ avaient également mis fin à une enquête sur la manipulation des prix du pétrole. Selon leurs informations, Glencore aurait manipulé, entre 2011 et 2019, deux évaluations de prix de produits pétroliers publiées par le service d’information S&P Global Platts.

«Les employés de Glencore ont fait des offres dans le seul but de faire baisser l’évaluation et donc le prix du produit pétrolier acheté par le géant zougois. Dans cette affaire de droit de la concurrence, les autorités ont pu s’appuyer sur l’aveu d’un ancien trader de Glencore », renseigne Public Eye.

« Couronne britannique contre Glencore »

En même temps que le DoJ, le Serious Fraud Office (Sfo) britannique a annoncé que Glencore plaiderait coupable pour corruption. Selon l’agence anti-corruption, la société a versé des pots-de-vin de plus de 28 millions de dollars pour obtenir des privilèges d’accès au pétrole brut – au Nigeria, au Cameroun, en Côte d’lvoire, en Guinée équatoriale et au Soudan du Sud. Le 21 juin 2022, Glencore a reconnu toutes les allégations faites par le Sfo.

Aux Etats-Unis, Glencore doit payer plus d’un milliard de dollars. Et ce n’est pas tout : dans le cadre d’un « Compliance Monitor », le DoJ surveillera pendant trois ans la mise en œuvre de ses obligations pour le service juridique et la gestion des risques de Glencore. Le DoJ confie généralement cette surveillance à des cabinets d’avocate-s spécialisé*e*s ou à des sociétés de conseil, qui doivent ensuite rendre compte régulièrement aux autorités judiciaires étatsuniennes.

«Outre des virements de comptes bancaires suisses, certains agents publics auraient été soudoyés en espèces »

Glencore a son siège principal à Zoug, où la direction a, du moins en partie, approuvé les pots-devin. «Mais ce n’est pas la seule référence au pays d’accueil de Glencore dans les documents judiciaires. Outre des virements de comptes bancaires suisses, certains agents publics auraient été soudoyés en espèces.

Et selon les enquêteurs étatsuniens, les employés de Glencore pouvaient, jusqu’en 2016, obtenir du cash à un guichet au siège de Baar ! Dans le sillage des révélations des Paradise Papers, Public Eye a déposé une dénonciation pénale contre Glencore auprès du ministère public de la Confédération en décembre 2017. Sur cette base, une procédure pénale a été ouverte en juin 2020.

CMG avec Public Eye | Libération

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