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Affaire Martinez Zogo : qui est Pierrot Narcisse Nzié, le joker de Paul Biya ?

Martinez Zogo

Nommé par un décret du président Paul Biya, mercredi 13 décembre, Pierrot Narcisse Nzié, qui s’est fait connaître à travers l’affaire Ahmed Abba, aura pour principale mission de conduire l’enquête sur le meurtre de Martinez Zogo.

Sikati II Kamwo n’est plus en charge des investigations dans l’affaire Martinez Zogo. Il a en effet été dessaisi et remplacé, selon un décret du président Paul Biya, publié mercredi 13 décembre à 17 heures, par le lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzié. Ce dernier cumulera son poste de vice-président de la juridiction militaire avec sa nouvelle fonction. Mais qui est ce magistrat ?

« Génie » des enquêtes ?

Pierrot Narcisse Nzié est originaire de Kribi. Ancien pensionnaire de l’École militaire interarmées (Emia) de Yaoundé, il est titulaire d’un doctorat d’État en droit. « Il est passionné de droit, et il en discutait beaucoup avec ses collègues et autres chercheurs », rapporte l’un de ses proches. Le nouveau juge d’instruction est aussi réputé proche du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, et de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence.

Le dossier qu’il devra gérer se trouve être celui dans lequel est soupçonné au premier chef l’un de ses anciens camarades de promotion, Justin Danwe, détenu à la prison principale de Kondengui. Mais Pierrot Narcisse Nzié est décrit comme un magistrat « froid et intègre » ; il est même présenté par ses collègues comme un « génie » des enquêtes criminelles. Surtout, on lui confie les dossiers sensibles – et potentiellement politiques – de la République.

Lorsqu’éclate l’affaire Ahmed Abba, journaliste de Radio France internationale (RFI) en langue haoussa, c’est à lui que sont confiées les investigations. Pierrot Narcisse Nzié, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé au moment des faits, s’attache à formuler les charges retenues à l’encontre du journaliste.

Condamné en 2016 à dix ans de prison pour « blanchiment d’actes de terrorisme », Ahmed Abba sera ensuite acquitté de cette accusation par le tribunal militaire de Yaoundé, mais condamné à vingt-quatre mois de prison pour « non-dénonciation ». Emprisonné pendant vingt-neuf mois, Ahmed Abba sera libéré en décembre 2017.

« Très bonne qualité humaine »

Pierrot Narcisse Nzié est également connu pour avoir osé critiquer l’enquête menée – en partie par la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) en 2014 – à l’encontre d’Abdoulaye Harissou, notaire établi à Maroua et proche de l’ancien secrétaire général de la présidence de Paul Biya tombé en disgrâce. Mais le militaire se fait davantage remarquer dans des affaires en lien avec la crise anglophone.

Commissaire du gouvernement, il représente le ministère public en 2017 et dévoile les chefs d’accusation pesant contre les leaders séparatistes de l’Ambazonie : « co-action d’acte de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution, insurrection, outrage à corps constitués et aux fonctionnaires, rébellion en groupe ».

Pierrot Narcisse Nzié entretient des rapports plutôt cordiaux avec les organisations de défense des droits humains. « Très bonne qualité humaine », témoigne Christophe Bobiokono, journaliste et, à l’époque de l’incarcération des leaders anglophones, membre de la Commission des droits humains et des libertés du Cameroun (CNDHL). « On s’est retrouvé face à lui pour visiter les prisons. Il s’est montré très ouvert, notamment pour ouvrir les chambres de sûreté de la Direction de la surveillance du territoire, malgré l’état de stupéfaction de son directeur », ajoute-t-il.

L’homme de confiance

Le 5 mars 2019, Paul Biya le nomme vice-président et juge d’instruction du tribunal militaire de Bertoua. Il quitte donc son poste de commissaire du gouvernement du tribunal militaire de Yaoundé. « Lorsqu’il est parti, les portes se sont refermées pour la Commission des droits humains », rapporte le défenseur des droits humains.

Pierrot Narcisse Nzié est ensuite envoyé à Garoua, alors que la région du Nord fait face à l’insécurité, aux menaces d’enlèvements contre rançons et aux risques terroristes liés aux incursions de Boko Haram. Son arrivée à la tête de l’instance a-t-elle contribué à enrayer le phénomène ? À Garoua, on retient de ce juge qu’il a réussi à « moderniser » l’image du tribunal et à « augmenter ses rendements ».

Selon une information rendue publique à l’issue de la deuxième édition de la réunion annuelle d’évaluation du tribunal militaire de Garoua, tenue du 14 au 16 décembre 2021, l’institution pilotée par Pierrot Narcisse Nzié affiche un bilan positif « largement au-dessus de celui engrangé durant les années précédentes ». La même année, son personnel est primé par Abaté Edi’i, gouverneur de la région du Nord.

Confronté à l’imbroglio actuel au sein du tribunal militaire de Yaoundé, c’est donc un magistrat d’expérience et un homme de confiance de Paul Biya qui va gérer l’épineux dossier de l’assassinat de Martinez Zogo. Face aux pressions, et après les nombreuses polémiques et affrontements entre les clans des différents accusés et les proches des victimes, tous les regards sont désormais tournés vers lui.

Jeune Afrique

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